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On a tendance à croire que tout va mal – 3e trimestre 2018

Par Geoff MacDonald, gestionnaire de portefeuille

Le pessimisme semble désormais faire partie de nos vies. Il y a toujours de mauvaises nouvelles qui nous attendent dans le détour, et ces mauvaises nouvelles sont amplifiées par des gens mal informés, qui laissent leurs sentiments prendre le dessus. Voici un exemple révélateur de ce fait.

Sur les 2 000 personnes qui ont répondu récemment à un sondage commandité par le cabinet de services-conseils en ligne Betterment LLC, 48 % d’entre elles croyaient que les marchés boursiers n’avaient pas connu de hausse au cours des 10 dernières années, alors que 18 % d’entre elles indiquaient qu’ils avaient subi des baissesi. Mis à part le fait que ces résultats font état du recours à des robots comme conseillers financiers, une idée plutôt saugrenue, ils révèlent un élément beaucoup plus profond. Voici le portrait de la situation des marchés boursiers :

Fluctuations du cours de l’indice S&P 500
Du 1 octobre 2007 au 30 septembre 2018

Un graphique montrant les niveaux de prix de l'indice S&P 500 pour la période du 1er octobre 2007 au 30 septembre 2018. Le prix diminue du 1er octobre 2007 (1 547,04) au 9 mars 2009 (676,53) avant de remonter généralement jusqu'au 30 septembre 2018 (2 913,98).

Source : Bloomberg L.P. En dollars américains. L’indice S&P 500 est un indice diversifié pondéré en fonction de la capitalisation boursière qui se compose de 500 titres américains parmi les plus importants et les plus détenus.

Bien entendu, la hausse sur les marchés se concentre tout particulièrement (426 %ii.) à partir du bas-fond atteint pendant la crise le 9 mars 2009, mais les marchés ont connu une autre période de hausse de 203 % à compter de l’effondrement de Lehman Brothers (15 septembre 2008)iii. Depuis l’épisode de hausse précédent, qui a culminé le 9 octobre 2007, le taux de croissance du marché boursier se chiffre à 137 %iv. Peu importe l’angle duquel vous observez le phénomène, il est clair que le marché n’a pas stagné ni baissé au cours de la dernière décennie.

Dans ce cas, sur quelles sources d’information ces répondants s’appuient-ils? Et comment se fait-il que les deux tiers d’entre eux soient dans l’erreur?

Fausses perceptions conjuguées à un climat de peur

De nombreux investisseurs ont souvent une perception des points négatifs beaucoup plus sombre qu’elle ne l’est en réalité. Cette optique aurait pu être utile à nos ancêtres, qui n’avaient accès qu’à des bribes de renseignements. Sauf que pour nous, qui sommes submergés d’information, de données, de vidéos et de contenu sur les médias sociaux, ce point de vue peut causer du tort.

La prolifération de nouvelles sur Internet qui laissent présager le pire nous donne l’impression que nous sommes tous des victimes potentielles d’un événement malheureux, ou encore que ces événements se produisent beaucoup plus fréquemment. Par exemple, nous craignons les attaques de requins alors que nous avons beaucoup plus de chances de mourir étouffés, noyés, ou encore d’un coup de chaleurv. Aussi, les grands titres peuvent indiquer que vous avez deux fois plus de chances de contracter une maladie quelconque, ce qui se traduit en réalité par une hausse de 0,01 % à 0,02 % (le risque est bel et bien doublé, mais ces chiffres frappent moins l’imaginaire). Les créateurs de contenu cherchent à vous faire peur pour attirer votre attention et vous faire tomber dans un piège à clics. Conséquence? La plupart des gens voient les choses pires qu’elles ne le sont réellement.

Vous voulez des preuves?

Répondez aux questions suivantes :

1 —

Quelle est la proportion, à l’heure actuelle, des enfants de un an du monde entier qui ont reçu des vaccins contre certaines maladies?

2 —

Quelle est la proportion, tous pays pauvres confondus, de fillettes qui terminent leur éducation primaire?

3 —

Quel pourcentage de la population mondiale vit dans des pays pauvres?

 

                 (Il ne s’agit pas d’une question à choix multiple.)

D’où proviennent ces questions?

Ces questions sont extraites d’un ouvrage écrit récemment par Hans Rosling qui s’intitule Factfulness. M. Rosling est décédé en 2017 alors qu’il venait tout juste de le terminer. L’auteur s’est retrouvé dans le palmarès des 100 personnes ayant eu la plus grande influence sur le monde du magazine Timevi et ses conférences TED ont obtenu plus de 35 millions de vuesvii.

Il a dit de son livre qu’il s’agissait de son dernier combat dans la lutte à l’ignorance dévastatrice qu’il a menée toute sa vie. Les questions qui figurent ci-dessus sont donc tirées de sondages menés par M. Rosling pendant des années. Et les résultats continuent de surprendre la plupart des lecteurs.

Allons voir ce que le sondage donne…

Abordons ensemble la première question, qui porte sur la vaccination. À l’heure actuelle, la grande majorité des enfants (environ 80 %) du monde entier sont vaccinés, ce qui veut dire que la grande majorité des humains de notre époque ont accès, dans une certaine mesure, à des soins de santé modernes de base. Cependant, seulement 13 % des répondants ont obtenu la bonne réponse. Au Canada, cette proportion est de 15 % alors qu’elle est de 6 % au Japon, en Allemagne et en France. Étant donné que la question ne comporte que trois choix de réponse, la loi des probabilités fait en sorte que cette proportion devrait être d’au moins 33 %. Dans ce cas, pourquoi 87 % des répondants croient-ils que les choses vont aussi mal dans le monde, alors que c’est faux?

C’est pire pour la deuxième question sur la scolarité des fillettes : seulement 7 % des répondants ont obtenu la bonne réponse! Et le comble, c’est qu’un maigre 5 % des Canadiens ont répondu correctement. En réalité, 60 % des fillettes terminent leur éducation primaire dans les pays pauvres. Encore une fois, comment expliquer que 93 % des répondants voient les choses d’un si mauvais œil?

Enfin, à la troisième question, les participants ont répondu en moyenne que 59 % de la population mondiale vit dans des pays pauvres. La réponse exacte est 9 %. En 1997, 42 % de la population de l’Inde et de la Chine vivaient dans des conditions de pauvreté extrême. En 2017, ce pourcentage est passé à 12 % en Inde et à un infime 0,7 % en Chine! Alors pourquoi notre regard sur les pays pauvres est-il si décalé?

La raison d’être de « Factfulness »

La recherche menée par Hans Rosling permet toujours de dégager des observations, lesquelles montrent que chaque groupe de personnes auquel M. Rosling s’est adressé avait l’impression que le monde était beaucoup plus effrayant, violent et dénué d’espoir – autrement dit, beaucoup plus sombre – qu’il ne l’est réellement.

Par exemple, il a demandé à des participants de 30 pays de répondre à la question suivante : selon vous, est-ce que la situation mondiale s’améliore, se détériore ou est stable? La majorité des participants dans chaque pays a répondu que le monde se détériorait. Au Canada, environ 60 % des participants ont fourni cette réponse.

Comme nous sommes incapables de contrôler notre envie de sensations fortes, nous perdons de vue la réalité. La thèse de l’auteur est qu’il est possible de s’entraîner à mettre les choses en contexte en fonction des faits, tout comme il est possible d’adopter une bonne hygiène de vie, et que cet entraînement doit faire partie de notre quotidien. Commencez à rechercher les faits et à intégrer cette pratique dans votre vie : vous verrez que le monde ne se porte pas si mal. Ce serait sans doute une bonne idée que l’ouvrage de M. Rosling soit une lecture obligatoire pour les élèves du secondaire.

Qu’est-ce qui explique un tel pessimisme?

Nous avons tendance à remarquer davantage les points négatifs (qui ont une plus grande influence sur nous) que les points positifs. Les créateurs de contenu cherchent à vous scandaliser et à vous choquer pour attirer votre attention. Lorsque vous tombez sur une terrible nouvelle, vous devez vous demander si vous en auriez entendu parler si le dénouement s’était avéré positif. Seriez-vous intéressé par des histoires de gens qui n’ont jamais subi d’attaques de requins? Avez-vous envie de savoir combien d’avions ont atterri en toute sécurité hier? De toute évidence, la réponse est non. Ce sont les mauvaises nouvelles qui font vendre. Nous avons publié un commentaire pour le troisième trimestre de 2010 qui s’intitulait « Les bonnes nouvelles sont-elles porteuses d’information? » Nous y abordions ce phénomène, qui fait en sorte que le négatif l’emporte sur le positif.

Les médias et autres créateurs de contenu ne peuvent pas se consacrer à des histoires que personne ne lira. Pour qu’un gazouillis ou une vidéo devienne viral, il doit tout d’abord attirer l’attention, donc comporter une part de drame. Comme vous êtes exposés de plus en plus souvent à des drames, vous avez l’impression que ce qui survient peu souvent et de façon inhabituelle est monnaie courante et que des événements qui surviennent loin de chez vous pourraient se dérouler sous vos yeux. Résultat? Votre vision du monde est complètement déconnectée.

Toujours à un drame près

Si l’on ramène cette discussion au monde des placements, un drame n’est jamais bien loin lorsqu’il est question du marché boursier et de l’attitude des investisseurs. Le graphique ci-dessous fait état des rendements annuels et des reculs (c.-à-d. les baisses subies par le marché boursier à certains moments au cours de l’année) qu’a connus l’indice S&P 500 depuis 1980. Si vous portez une attention particulière aux baisses que subit le marché d’une année à l’autre, vous constaterez que chacune d’elles est associée à un drame. Une nouvelle est sortie et a engendré un climat de peur chez certaines personnes. Celles qui y ont succombé n’en ont tiré que du négatif. Si, en 1980, un investisseur détenait un portefeuille de titres identiques à un indice et qu’il l’avait conservé pendant 38 ans, sans se laisser influencer par les fluctuations du marché, il aurait obtenu un rendement de 11,8 % par année.

Un graphique à barres montrant les baisses annuelles maximales en cours d'année et les rendements totaux de l'indice S&P 500 pour les années 1980 au 30 septembre 2018. Malgré des baisses moyennes intra-annuelles de 13,8 %, les rendements annuels ont été positifs pendant 29 des 38 années, avec un rendement annualisé de 11,8 %.

Source : Bloomberg L.P. Au 30 septembre 2018. Rendements en dollars américains fondés sur l’indice des cours seulement, à l’exclusion des dividendes. Les baisses maximales représentent les baisses les plus importantes pendant l’année, où les cours des actions passent d’un haut à un creux pendant l’année civile. Rendements pour l’année civile, de 1980 à 2017. Les rendements annualisés tiennent compte du réinvestissement des dividendes. L’indice S&P 500 est un indice diversifié pondéré en fonction de la capitalisation boursière qui se compose de 500 titres américains parmi les plus importants et les plus détenus.

En sachant que les données historiques sur le marché montrent que celui-ci connaît une baisse de 13,8 % par année en moyenne et en sachant qu’il est préférable d’investir dans des titres lorsque leur cours est en baisse plutôt que le contraire, les investisseurs chevronnés ne devraient plus entretenir aucun doute lors du prochain recul des marchés. Il faut voir les baisses comme des constantes qui reviennent d’une année à l’autre. Nous n’échapperons pas à ce phénomène dans les années à venir, donc les investisseurs avertis peuvent difficilement être pris au dépourvu. Bien au contraire, il leur sera plus facile de profiter d’occasions de placement intéressantes.

Les investisseurs qui comprennent bien ces principes sont moins enclins à succomber à la peur. Lorsqu’en plus de tout cela, vous obtenez des faits et des renseignements sur chaque entreprise dans laquelle vous investissez, les craintes s’estompent encore plus, malgré ce que les autres peuvent penser, ce qui vous permet de poser des gestes réfléchis, notamment profiter de prix faibles.

Donner au suivant

Pour nous, le fait de voir les choses tout en noir et d’avoir une perception déréglée de la réalité s’apparente, dans un sens, à l’expression « Donner au suivant ».

Pour investir dans des titres de grandes entreprises à une fraction du prix, vous devez posséder des renseignements qui ont échappé aux autres. Par exemple, vous devez vous faire votre propre idée sur la croissance future que connaîtra l’entreprise et surprendre les autres aujourd’hui, pour qu’ils constatent que vous aviez raison et en bénéficient à leur tour. Lorsque nous parvenons à dénicher une idée unique ou hors du commun, nous disons que nous adoptons un « point de vue exclusif ». Si les investisseurs n’avaient pas tendance à voir les choses pires qu’elles ne le sont en réalité, nous aurions de la difficulté à faire naître ces idées.

Se complaire dans l’ignorance?

Nous avons ajouté 13 titres au Portefeuille mondial cette annéeviii. Et chacun d’entre eux a causé son lot de craintes, d’incertitudes et de catastrophes annoncées au sujet d’un enjeu à court terme qui venait mettre en péril l’avenir à long terme de l’entreprise. Par exemple, nous avons investi dans les titres d’un fabricant de jouets alors que les rumeurs de fermeture de Toys ‘R’ Us allaient bon train. Nous avons acquis des titres d’une société immobilière qui louait principalement des locaux à Sears, qui partait alors à la dérive. Et nous avons investi dans les titres d’un fabricant d’équipement de cuisine qui laissait présager une croissance exponentielle à long terme, malgré quelques trimestres plus difficiles. Tous ces titres offraient, à long terme, des perspectives qui, à notre avis, ne se reflétaient pas dans le cours des actions.

Il est bien malheureux de constater les effets négatifs de l’ignorance sur la perception que se fait la majorité des gens sur le monde. Par contre, ce constat est plutôt positif lorsqu’il permet de faire baisser le cours des actions. Sans ce pessimisme, il nous serait difficile de nous forger un point de vue exclusif sur des entreprises de renom et ainsi saisir la balle au bond pour faire bénéficier nos clients de rendements des plus intéressants.





iSource: Salzman, Avi. "How the Financial Crisis Still Affects Investors." Barrons.com. September 20, 2018. https://www.barrons.com/articles/how-the-financial-crisisstill-affects-investors-1536361852. Accessed on October 1, 2018.
iiSource : Bloomberg L.P., rendement cumulatif total en $ US.
iiiSource: The New York Times
ivSource : Bloomberg L.P., rendement cumulatif total en $ US.
vSource: Mosher, Dave. "Here's how often Americans really die from shark attacks." BusinessInsider.com. May 12, 2017. https://www.businessinsider.com/shark-attack-death-statistics-2017-5. Accessed on October 1, 2018.
viSource: Time. "The World's 100 Most Influential People: 2012 - Hans Rosling." Time.com. http://content.time.com/time/specials/packages/article/0,28804,2111975_2111976_2112170,00.html. Accessed on October 1, 2018.
viiSource: Rosling, Hans, Anna Rosling Rönnlund and Ola Rosling. "Cultures, nations and religions are not rocks — they’re always changing." TED.com. May 25, 2018. https://ideas.ted.com/cultures-nations-and-religions-are-not-rocks-theyre-always-changing/. Accessed on October 1, 2018.
viiiTitres ajoutés au portefeuille entre le 31 décembre 2017 et le 30 septembre 2018.

 



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